2015 Église Sainte Croix - Bordeaux 29 mars office diaconal du 29 mars 2015

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Bienvenue à tous !

(Texte d’introduction à l’office diaconal du 29 mars 2015)
(Église Sainte Croix - Bordeaux)

Un demi-siècle plus tard, nous voici réunis en ce lieu où tant de membres de la communauté navalaise ont uni leur vie à celle de leur compagne avant de partir courir le monde. Et le monde, c’est bien sûr l’Afrique infernale, mais aussi l’immensité des mers, les murs ripolinés des hôpitaux, l’infirmerie des casernes, les bureaux poussiéreux, les OPEX, et les modestes cabinets au fin fond de nos provinces. Chacun sa vie, chacun ses campagnes !

Cinquante ans ont passé depuis que nous avons franchi les uns derrière les autres, sans rien savoir les uns des autres, le porche du 147 cours de la Marne, la plupart cravatés et une valise de carton bouilli à la main. Nous ignorions ce qui nous attendait au bout de l’allée de l’Artillerie, mais l’aurions-nous su que nous aurions poursuivi le chemin car nous étions jeunes et le monde nous appartenait. Il nous a appartenu un demi-siècle, mais seulement en partage. Et si nous avons essayé d’être « mari transve mare, hominibus semper prodesse », des forces contraires ont dans le même temps poursuivi d’autres buts. Le résultat est un monde où règne toujours la souffrance et la faim. Et toujours se pose la question de savoir si suffit le service des hommes. Je ne suis pas très bon chrétien, et une foi fragile connaît outre le doute, bien des éclipses. Lorsqu’elle est plus résolue, toutefois, elle affirme qu’il faut aussi au monde le service de Dieu. Georges Bernanos met dans la bouche de son curé de campagne, qui s’adresse à la malheureuse comtesse qui a perdu l’Espérance, « Un prêtre est comme un médecin, il ne doit pas avoir peur des plaies, du pus, de la sanie. Toutes les plaies de l’âme suppurent, Madame ».
Alors certes, il faut soulager les plaies du corps par tous les moyens qu’offre la technique, mais de quoi disposons-nous pour les plaies de l’âme, celles qui rongent les êtres, mais aussi les sociétés, et même les civilisations ? De la compassion, de la charité, de ces médicaments qui sont les ressources du cœur, que nous avons utilisés mais dont les stocks sont immenses et sur lesquels la pharmacovigilance reste silencieuse. Pas de contre-indication, pas d’effets secondaires, compassion et charité peuvent être généreusement administrées.

La retraite nous laisse désormais quelque loisir. Faisons en sorte qu’elle prolonge une vie de dévouement aux hommes par un service supérieur. Ce service sera quelquefois dans le droit fil d’une fidélité ancienne et jamais démentie, d’autres fois dans la découverte ou la redécouverte de vertus longtemps oubliées. Ce service peut revêtir le caractère de rapports interpersonnels, et c’est une expérience que nous pouvons tous vivre au quotidien. Mais il peut revêtir un caractère plus global. Vous avez tous constaté combien haut et fort sont dénoncées, à juste titre, les atteintes aux lieux de culte, aux cimetières, musulmans et juifs. Vous avez constaté de même que s’agissant des chrétiens, la dénonciation des mêmes actes est beaucoup plus discrète. Pourtant, en France même, on a dénombré 494 profanations de lieux de culte en 2013, 206 profanations de cimetières en 2014, 186 actes antichrétiens la même année, et la liste n’est pas exhaustive car beaucoup de faits ne font pas l’objet de plaintes, et la plupart des plaintes sont classées sans suite. Dans le reste du monde, ce n’est plus d’affliction dont il s’agit, mais de persécution. Vous n’ignorez pas ce qui se passe dans le Proche et le Moyen-Orient, mais aussi en Afrique, mais aussi en Asie. Qu’il y ait des lieux dans le monde où des êtres humains sont réduits en esclavage, violés, torturés, massacrés, sur une telle échelle, dans une sorte insidieuse d’indifférence, n’est-il pas bouleversant ? Bien sûr d’autres communautés sont également victimes de ces affreux traitements, et je pense en particulier aux malheureux yézidis, mais il est bien ds lieux en ce début de XXIèmeS où il n’est pire sort que celui réservé aux chrétiens.
Vous avez couru le monde et connu bien des peuples. Sans doute le peuple chrétien n’est-il pas celui qui a le plus marqué vos mémoires, car à ce peuple, « nolens volens », nous appartenons. Nous lui appartenons par notre histoire, notre culture, nos lois, nos traditions, nos familles. Pensons à lui, agissons pour lui, soutenons-le par nos dons, et si nous en sommes capables, prions pour lui.

Les bonnes résolutions se prennent au Premier de l’An, comme d’ailleurs se prononcent les vœux, heureuse coïncidence ! mais rien n’empêche d’anticiper et de donner chacun à nos vies une plus grande place à ce qui reste en nous de la Bonne Nouvelle reçue en nos enfances. Je vais quant à moi m’y attacher, et je vous invite à le faire aussi. Nous y réussirons, avec l’aide de la Providence.

Claude ROUQUET
Le 29 mars 2015

Document envoyé par XXXXXX XXXXXX pour insertion le 16 septembre 2015